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La consécration de toute une vie

Dallin H. Oaks
Du collège des douze apôtres
Veillée du DEE pour les jeunes adultes
Le 1er mai 2005
Oakland, Californie

Dallin H. OaksMes chers frères et sœurs, je suis reconnaissant envers le chœur pour cette musique émouvante et inspirante et je remercie Steven Edgren pour son introduction.

Je suis heureux d’être ici à Oakland. Vous tous qui êtes ici et ceux qui assistent dans d’autres endroits, je vous remercie de votre présence.

Je suis reconnaissant de m’adresser à cette assemblée des jeunes adultes de 18 à 30 ans. Notre plus jeune fille est dans cette tranche d’âge ainsi que 15 de nos 28 petits-enfants. J’ai donc un intérêt particulier pour les 18 - 30 ans.

Vivre l’Évangile au jour le jour

En m’adressant à vous, je parle pour l’avenir. Vous êtes les futurs dirigeants du monde des affaires, de l’enseignement, des sciences, des villes, des états, des nations et de l’Église. Et plus important encore, vous êtes les futurs dirigeants des familles de l’Église.

En me préparant pour cette soirée, j’ai étudié un discours donné lors d’une récente veillée du DEE pour les jeunes adultes. C’était le dimanche 6 février et elle se tenait au Marriott Center à BYU. L’orateur était Russell M. Nelson du Collège des douze apôtres. Étudier son discours a été à la fois édifiant et poignant.

Vous vous souvenez que frère Nelson vous a demandé de « réfléchir sur vous-mêmes, non pas en tant que ce que vous êtes mais ce que vous pouvez devenir dans 50 ans ». Il a demandé : « Que voulez-vous être dans 50 ans ? » Puis il a donné un magnifique message au sujet de la foi et de la famille. Il a évoqué ce qu’avait été sa vie et celle de sa chère compagne, Dantzel. Il a mentionné les difficultés qu’ils avaient eu pour faire leurs études. Il a parlé des choix qu’ils avaient dû faire une fois mariés, cherchant tout d’abord le royaume de Dieu. « La foi, a-t-il dit, a été l’étoile polaire de notre vie de couple ». Il a rapporté qu’il n’avait pas envoyé de facture pour ses prestations chirurgicales tant qu’il n’avait pas été libéré des études de médecine, ce pendant 12 ans. Mais ils avaient déjà cinq enfants. Vous pouvez imaginer la foi qu’ils ont dû exercer et les sacrifices qu’ils ont dû faire pour vivre alors que le docteur Nelson terminait sa longue période de préparation professionnelle. (Voir La foi et la famille, Veillée du DEE pour les jeunes adultes du 6 février 2005, p. 1-2.)

Si vous avez entendu le magnifique message de frère Nelson à la conférence d’avril, vous comprenez pourquoi le fait de lire ce discours donné lors de la veillée du DEE le 6 février dernier a été poignant pour moi. Dans ce discours il a rendu un hommage magnifique et mérité à sa chère compagne qui est morte brutalement six jours plus tard. Frère Nelson nous a enseigné que, vraiment, la vie présente des surprises pour lesquelles nous ne sommes pas préparés et s’il est bien que nous regardions devant nous pour savoir ce que nous voulons être dans 50 ans, il faut aussi vivre au jour le jour afin d’être prêts s’il nous est soudain demandé de rentrer à la maison.

« Veillez à les faire »

La semaine passée, nous parlions avec un autre membre du Collège des douze apôtres, des commentaires que nous avions reçus au sujet des discours de la conférence d’avril. Mon ami m’a rapporté que quelqu’un lui avait dit : « J’ai vraiment apprécié votre discours. » Nous étions d’accord pour dire que ce n’était pas le genre de commentaire que nous aimions recevoir. Comme mon ami a précisé : «je n’ai pas donné ce discours pour qu’on l’apprécie. Que pense-t-il que je suis ? Un amuseur professionnel ? » Un autre membre du Collège s’est joint à la conversation en disant : « Cela me rappelle l’histoire d’un pasteur. Lorsqu’un de ses paroissiens lui disait : ‘J’ai vraiment apprécié votre discours’ il répondait : ‘Dans ce cas, vous ne l’avez certainement pas compris.’

Vous vous souvenez qu’à la conférence d’avril j’ai parlé de la pornographie. Personne ne m’a dit qu’il avait « apprécié » ce discours ; Personne. En fait il n’y avait rien de plaisant même pas pour moi.

Je rappelle ces conversations récentes pour enseigner le principe qu’un message donné par une autorité générale lors d’une conférence générale, un message préparé sous l’influence de l’Esprit pour faire avancer l’œuvre du Seigneur, n’est pas fait pour être apprécié. Il est donné pour inspirer, pour édifier, pour présenter un défi ou pour corriger. Il est pour donné pour être écouté sous l’influence de l’Esprit du Seigneur, avec pour résultat espéré que celui qui écoute apprendra du discours et de l’Esprit ce qu’il ou elle devra faire.

Le roi Benjamin avait compris ce principe et l’a expliqué. Son grand sermon qui se trouve dans les premiers chapitres du livre de Mosiah commence par ces mots :

« Mes frères, vous tous qui êtes assemblés, vous qui pouvez entendre les paroles que je vais vous dire aujourd’hui, je ne vous ai pas commandé de monter ici pour prendre à la légère les paroles que je vais vous dire, mais pour m’écouter et ouvrir les oreilles afin d’entendre, et le cœur afin de comprendre » (Mosiah 2:9).

Comme l’a enseigné ce roi-prophète, lorsque nous venons écouter le serviteur du Seigneur, nous ne venons pas « prendre à la légère » les paroles qu’il prononce. Il est de notre devoir d’ouvrir nos oreilles afin d’entendre et nos cœurs afin de comprendre. Ce que devrions nous efforcer de comprendre c’est ce que nous devons faire de ce message. Je suis certain que c’est ce que voulait dire le roi Benjamin quand il a déclaré plus tard dans ce magnifique message : « Alors, si vous croyez toutes ces choses, veillez à les faire » (Mosiah 4:10). Souvenez-vous de ce principe que je vous énonce en ce jour de sabbat.

« Consécration tranquille et stable de toute une vie »

J’ai intitulé mon discours : « Une vie de consécration ». J’ai emprunté ce titre au gouverneur Adlai E. Stevenson, de l’état d’Illinois, qui était le candidat démocrate à la présidence des États-Unis en 1952 et en 1956. C’était un homme formidable qui aurait pu être président s’il n’avait pas été en compétition avec un homme particulièrement populaire, Dwight D. Eisenhower.

S’adressant à une Convention de la Légion Américaine, Stevenson a fait une sage déclaration au sujet du patriotisme. Il a dit que ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de courtes explosions frénétiques de sentiments, mais de la consécration tranquille et stable de toute une vie. » (Discours donné le 27 août 1952 et cité par John Barlett, comp., Familiar Quotations, 13e éd., 1955, p. 986). J’aime cela :’pas de courtes explosions frénétiques de sentiments, mais de consécration tranquille et stable de toute une vie’. Je vais me servir de cette description du patriotisme comme d’une formule pour montrer comment nous devrions vivre l’Évangile.

Certains vivent l’Évangile avec de « courtes explosions frénétiques de sentiments » suivies de longues périodes de silence ou par des réalisations intermittentes ou bredouillantes. Lorsque nous vivons l’Évangile, nous avons besoin de la « consécration tranquille et stable de toute une vie ».

Que signifie donc obéir aux commandements, garder les alliances et servir le Seigneur avec la consécration tranquille et stable de toute une vie ? Cela signifie être un saint des derniers jours à cent pour cent, à cent pour cent de son temps. En termes scripturaires, cela veut dire de suivre la direction que le roi Benjamin a donnée à son peuple : « Je voudrais que vous soyez constants et immuables, étant toujours abondants en bonnes œuvres, afin que le Christ, le Seigneur Dieu Omnipotent, vous scelle comme siens »(Mosiah 5:15). Cela signifie adhérer à la supplique faite par un père, Léhi, à son fils hésitant : « Oh ! Si tu pouvais être semblable à cette vallée, ferme et constant, et immuable à garder les commandements du Seigneur ! » (1 Néphi 2:10).

La « consécration de toute une vie » exige que l’on soit tranquille et stable, ferme et immuable. Nous nous tenons à nos alliances, à la direction et aux enseignements des serviteurs du Seigneur, comme l’a décrit l’apôtre Paul : « afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction »(Éphésiens 4:14). C’est notre principe et notre but. Ce principe ferme nous demande d’éviter les extrêmes. Notre activité doit être celle d’un serviteur engagé à cent pour cent et non celle à cent-vingt pour cent d’une frénésie fanatique et occasionnelle.

Il y a de nombreuses années, un excellent professeurs que j’ai eu à l’université Brigham Young a donné cette définition du fanatique : « Un fanatique c’est quelqu’un qui a perdu son objectif de vue mais qui redouble d’effort pour y parvenir ». Cette définition m’a bien guidé tout au long de ma vie et je vous la recommande. Ne cherchez pas à prouver votre consécration par des excès fanatiques ou par toute autre preuve comme : « Je suis plus saint que toi » (Ésaïe 65 :5 KJ version). Nous payons notre dîme et nous nous rappelons que la dîme c’est dix pour cent constamment et non huit pour cent et surtout pas un sursaut frénétique ou intermittent à douze pour cent.

Ceci me rappelle un problème que m’avait exprimé le président Harold B. Lee quand j’étais président de BYU. Peu après la consécration du temple de Provo, il m’a fait part de son souci que le temple soit si proche des étudiants de BYU que certains pouvaient s’y rendre si souvent qu’ils risquaient de négliger leurs études. Il m’a demandé de travailler auprès des présidents de pieu afin de nous assurer que les étudiants comprennent bien que même une chose aussi sacrée et aussi importante que l’assistance au temple ne devait se faire qu’avec sagesse et ordre afin qu’ils ne négligent pas la scolarité qui devait être l’objectif principal de leurs années d’études.

Dangers de pousser de bons principes à l’excès

Il y a dix ans, j’ai donné un discours intitulé « Nos points forts peuvent causer notre perte »( L’Étoile, mai 1995, p 10-23). J’y exposai ce qui arrive lorsque nous prenons un bon principe ou un bon commandement et que nous l’appliquons jusqu’à l’excès. J’ai donné 20 exemples. J’en ai adapté 5 à mon discours de ce jour : que nous pratiquions la consécration tranquille et stable de toute une vie plutôt que ce que le Gouverneur Stevenson avait appelé « de courtes explosions frénétiques de sentiments ».

Mon premier exemple est approprié puisqu’il se rapporte au patriotisme. Même l’amour de son pays, s’il est poussé à l’excès, peut blesser spirituellement. Il existe des citoyens, pour qui le patriotisme (tel qu’ils le définissent) est si frénétique et leur prend tellement de temps qu’ils en oublient toutes les autres responsabilités, y compris la famille et l’église. Par exemple, nous entendons que certains patriotes (ou soi-disant) participent ou alimentent des armées privées et se préparent en privé pour un conflit armé. Ce zèle excessif pour un des aspects du patriotisme leur fait du tort spirituellement en se retirant de la société de l’église et en se mettant à l’écart du gouvernement des autorités civiles à qui notre douzième article de foi nous demandent d’obéir.

Mon deuxième exemple concerne les gens qui s’engagent sans limite dans un des aspects de la doctrine ou un commandement de l’Évangile de Jésus-Christ. Ce peut être une passion pour l’œuvre généalogique, une préoccupation intense et inhabituelle pour le gouvernement constitutionnel ou encore une occupation très exclusive.

Dans un discours mémorable prononcé lors de la conférence générale d’octobre 1971, Boyd K. Packer a comparé la plénitude de l’Évangile à un clavier de piano. Il nous a fait remarqué qu’une personne pouvait être « attirée par une seule note », comme une doctrine qu’elle veut entendre « jouer encore et encore » a-t-il expliqué.

« Certains membres de l’Église qui devraient être plus avisés, choisissent une note passe-temps ou deux et les jouent sans arrêt… Ils perdent la notion de la plénitude de l’Évangile [qu’ils rejettent] lui préférant leur propre point de vue. Celui-ci devient exagéré et déformé et les conduit vers l’apostasie. » (Teach Ye Diligently, 1975, p. 44).

Nous pourrions dire de ces gens-là ce que le Seigneur a dit des Shakers : « Ils désirent connaître une partie de la vérité, mais pas tout“ (D&A 49:2). Et je dis donc : attention à la note passe-temps ! Si vous jouez cette seule note à l’exclusion des autres, ou au détriment de toute l’harmonie du clavier de l’Évangile, vous déviez de la consécration tranquille et stable de toute une vie qui est recommandée.

Parmi tous ces exemples des dangers que représentent les bons principes poussés à l’excès, je dois confesser un de mes défauts. Vous connaissez le vieil adage : « Il ne faut pas être celui qui essuie les plâtres des nouveautés, ni le dernier à abandonner ce qui est démodé ». En ce qui concerne les merveilles technologiques de cette génération, comme l’ordinateur, je pense que je suis le dernier à abandonner ce qui est démodé.

J’utilise toujours une vieille machine à écrire. Voilà 50 ans que j’écris les lettres et mémos et que je compose une partie de mes discours sur une succession de machines à écrire. Voici quelques années, la dernière de celles-là, une vieille machine portative et sûre était usée. J’ai donc cherché à la remplacer. Cela n’a pas été facile.

La génération de technologies qui a succédé aux machines à écrire manuelles était électronique. J’ai enjambé cette génération. Puis sont arrivés les traitements de texte et les ordinateurs avec des niveaux de sophistication en accroissement continuel, qui, comme ma compétente secrétaire Margie McKnight, tirent de nombreuses copies de ce discours. Les ordinateurs, c’est ce qui se vend dans les magasins aujourd’hui. Je ndonc pas dû être surpris lorsqu’un jeune vendeur à ouvert de grands yeux quand je lui ai demandé une machine à écrire portative. Un garçon imaginatif a brandi fièrement une machine électrique suffisamment petite et légère pour être portée d’une prise de courant à une autre et m’a demandé si c’était ce que je voulais.

Finalement, j’ai trouvé un vieux magasin tenu par un vieux propriétaire grisonnant qui savait ce qu’était une machine à écrire portative manuelle. Il en possédait encore une dans l’arrière-boutique et moi, j’étais enthousiaste de la lui acheter. Le propriétaire était un peu curieux de savoir ce que j’allais faire avec. Il était trop poli pour me poser la question, mais il a deviné. Comme il me tendait la nouvelle machine portative, il a dit : « Nous n’en vendons plus beaucoup de celles-là… Vous devez faire beaucoup de camping. » Histoire vraie !

Je vais continuer avec un troisième exemple du contraste entre la consécration stable et les courtes explosions frénétiques de sentiments. La volonté de sacrifier tout ce que nous possédons pour l’œuvre du Seigneur est certainement la marque de la consécration. En fait, c’est une alliance que nous faisons dans des lieux sacrés. Mais ceci doit se cantonner aux sacrifices que le seigneur et ses dirigeants nous ont demandés jusqu’ici. Nous pourrions dire, comme Alma : « Pourquoi désirerai-je davantage qu’accomplir l’œuvre à laquelle j’ai été appelé ? »(Alma 29:6).Les personnes qui considèrent comme insuffisant de payer la dîme et les offrandes, de travailler dans les appels qui leur ont été donnés, peuvent facilement être entraînées à l’écart par des sectes qui offrent ce que j’appellerais des « débouchés frénétiques » pour satisfaire leur volonté de sacrifier.

Le quatrième exemple concerne les objectifs. On tire une grande force de se concentrer sur ses objectifs. Nous avons tous vu les fruits de cet effort. Cependant une concentration intense sur les objectifs peut faire oublier l’importance des moyens légaux. Lorsque cela se produit, ce qui serait une consécration louable peut se transformer en un excès frénétique et dangereux.

Un cinquième domaine dans lequel nous devons poursuivre notre cheminement stable et éviter les excès frénétiques concerne les finances. Il nous est commandé de donner aux pauvres. Est-ce que l’accomplissement de cette obligation chrétienne peut être poussé à l’excès ? Oui c’est possible. Je l’ai vu. Vous avez peut-être aussi vu des personnes qui accomplissent ce devoir de donner aux pauvres jusqu’au point d’appauvrir leur propre famille en donnant de ce qui leur appartient ou de leur temps qui devrait être consacré à leur famille.

Pour employer une expression agricole, nous ne devons pas manger nos semences. Un tel excès nous priverait de la possibilité de semer et de moissonner la récolte de l’an prochain laquelle nous permettrait de nourrir notre famille et de donner aux pauvres. Le roi Benjamin, qui a demandé à son peuple de nourrir les affamés, de vêtir les nus, et de visiter les malades et leur apporter du soulagement (voir Mosiah 4:26), les a aussi mis en garde de « veille[r] à ce que tout cela se fasse avec sagesse et avec ordre ; car il n’est pas sage qu’un homme coure plus vite qu’il n’a de force » (v. 27, voir aussi D&A 10:4)

Pour terminer mes cinq exemples, je dois préciser une chose : le principe que j’ai évoqué, que nous poursuivions une consécration stable et éviter les excès frénétiques, pourrait être compris comme si nous devions adopter une attitude « modérée en tout ». Il n’en est rien. Le Sauveur nous a commandé de servir de tout notre cœur, de tout notre pouvoir, de tout notre esprit et de toutes nos forces (D&A 4:2), de « rechercher... les richesses de l’éternité » (D&A 68:31) et d’être « vaillants dans le témoignage de Jésus » (D&A 76:79). Il nous a également avertis que si nous étions tièdes, il nous vomirait de sa bouche (Apocalypse 3:16). L’obligation de mes cinq exemples c’est que nous soyons fermes et cohérents dans notre consécration, notre engagement et dans nos efforts.

Sortir en couple par opposition à draguer

J’ai essayé de donner des exemples de l’importance d’une vie de consécration ferme et j’ai mis en garde contre les dangers de pousser de bons principes à l’excès. Si je n’ai pas encore réussi à vous mette au défi de regarder votre propre conduite, alors il se peut que mon dernier sujet le fasse.

Voici ceux semaines, dans ses paroles d’introduction à BYU Earl C. Tingey a fait référence à un récent article de Time Magazine, concernant les jeunes de votre âge. Il précise que les années de 18 à 25 ans sont devenues une « tranche de vie distincte et séparée, une zone étrange et transitionnelle entre l’adolescence et l’âge adulte dans laquelle les gens s’attardent pendant quelques années supplémentaires [remettant à plus tard] les responsabilités d’adulte » (Lev Grossman, « Grow up ? Not so fast », Time, 24 janvier 2005, p. 44). L’article décrit ces personnes en transit comme « des adolescents permanents… des Peter Pan d’une vingtaine d’années. » (p. 42). Si l’on reprend cette analyse en termes plus familiers pour cet auditoire de diplômés de BYU et de leurs familles, frère Tingey a parlé de « l’indécision de certains étudiants devant les responsabilités du mariage et de la famille »(Paroles d’introduction, 21 avril 2005).

Cette tendance à remettre à plus tard les responsabilités des adultes, dont le mariage et la famille est certainement apparente chez nos jeunes adultes de l’Église. Ces dernières décennies, l’âge du mariage n’a cessé de monter tandis que le nombre d’enfants nés dans les foyers de membres a diminué. Le message de frère Nelson lors de la veillée d’il y a trois mois, « La foi et la famille », a abordé ce sujet et cela fait aussi partie de mon thème, « La consécration de toute une vie ». Je vais donc conclure en vous faisant part de certains soucis au sujet de pratiques courantes dans les relations des jeunes membres célibataires en Amérique du nord.

Des observateurs bien informés ont rapporté que les sorties en couple n’existent pratiquement plus sur les campus et parmi les jeunes adultes en général. Cela a été remplacé par quelque chose appelé « drague » (voir Bruce A. Chadwick, « Draguer, emballer, et mariage céleste », Brigham Young University 2002-2003 speeches, 2003, p. 1-8). Apparemment vous savez ce que c’est, mais je vais le décrire pour ceux d’entre nous qui sont d’un âge moyen ou plus mûr et peu informés. Draguer consiste à réunir un nombre de jeunes gens et de jeunes filles pour des activités de groupe. C’est très différent des sorties à deux.

Pour ceux d’entre vous qui n’êtes ni d’un âge moyen ni plus mûr, je dois peut-être décrire ce que signifie sortir à deux. À l’inverse de la drague, sortir à deux n’est pas un sport d’équipe. Sortir à deux c’est bien vivre à deux pour vivre une occasion en tête à tête ou un engagement temporaire qui peut mener au mariage dans des cas rares et précieux.

Qu’est-ce qui a rendu la sortie à deux une espèce en danger? Je ne suis pas sûr, mais je peux déceler quelques facteurs qui y ont contribué.

1. Les marées culturelles de notre monde repoussent fortement les engagements aux relations familiales. Par exemple : le divorce a été rendu légalement plus facile et avoir des enfants est devenu impopulaire. Cette pression à ne pas s’engager sert évidemment l’opposition du Malin au plan du Père pour ses enfants. Ce plan s’appuie sur les alliances et des engagements que l’on garde. Tout ce qui nous éloigne des engagements affaiblit notre capacité de participer au plan. Sortir à deux implique un engagement, même pour quelques heures. Draguer ne nécessite pas d’engagement ou du moins pas pour les hommes si les filles fournissent la nourriture et l’abri.
2. l’effet de nivellement provoqué par les mouvements féministes a contribué à décourager les sorties à deux. Du fait que l’opinion des femmes a pris plus d’ampleur et que certaines sont devenues plus agressives, les hommes sont devenu réticents à prendre les initiatives traditionnellement masculines, comme de proposer une sortie, s’est estompée, de peur de se voir qualifier de « macho ».
3. La drague est encensée à la télévision dans les émissions sur les célibataires.
4. La signification de « sortir »a aussi changé de manière à faire baisser la cote des sorties à deux. J’ai constaté le début de cette tendance chez nos enfants les plus jeunes. Pour une raison inconnue, les garçons, en âge du lycée, pensaient qu’ils devaient faire quelque chose d’étrange ou de sophistiqué pour proposer une sortie, en particulier pour un événement comme un bal, et les filles s’imaginaient qu’elles devaient en faire autant pour accepter. En plus, une sortie devait engager peu de frais. J’ai vu des choses comme cela sur le campus au cours des années 70. Je me souviens d’un couple qui dînait d’un repas apporté par des amis sur la bande centrale entre les files de voitures juste au sud du terrain de football de BYU.

Tout ceci rendait les sorties plus difficiles. Plus la sortie était compliquée et chère, et moins il y avait de sorties. Comme les sorties devenaient plus rares et plus élaborées, ceci semblait sous-entendre que les sorties impliquaient un sérieux ou un engagement plus long. Cette attente a encore plus découragé les sorties. Il est loin le coup de fil maladroit et peu coûteux que vos parents ou grands-parents et moi avaient l’habitude de passer. Ce coup de fil était un peu comme cela : « Qu’est-ce que tu fais ce soir ? On va au ciné ?“ ou bien : « On va en ville ? » Les sorties à bon marché comme celles-ci peuvent être fréquentes et sans danger du fait qu’elles n’impliquent pas d’engagement à longue durée.

Les sorties plus simples et plus fréquentes permettent à la fois aux hommes et aux femmes de « faire les magasins » afin d’évaluer de façon approfondi les attentes. Les sorties d’autrefois permettaient de faire connaissance avec une personne du sexe opposé. Elles encourageaient la conversation. Elles permettaient de voir comment vous vous comportiez avec les autres et de voir votre comportement en tête à tête. Elles fournissaient les occasions d’apprendre comment entamer et continuer des relations mûres et soutenues. Rien de tout cela ne se passe dans la drague.

Mes frères et sœurs célibataires, suivez le modèle simple des sorties et vous n’aurez pas besoin de faire vos courses sur Internet par l’intermédiaire de sites de « chat » ou de services de rencontres, deux alternatives qui peuvent être très dangereuses ou au moins ni nécessaires ni efficaces.

Il y a peut être un autre facteur qui a contribué à cette mort de la sortie à deux et la prééminence de la drague. Pendant de nombreuses années, l’Église a conseillé aux jeunes de ne pas sortir avant l’âge de seize ans. Il se peut que certains jeunes gens ont poussé ce sage conseil à l’extrême et ont décidé de ne pas sortir à deux avant 26 ou peut-être 36 ans.

Frères, si vous êtes rentrés de mission et que vous suivez encore le conseil adressé aux jeunes alors que vous n’aviez que 15 ans, il est temps de grandir, de rassembler votre courage et de rechercher quelqu’un avec qui vous associer. Commencez par des sorties variées avec différentes jeunes filles, et alors quand cette phase vous place devant une belle perspective, commencez votre cour. Il est temps de se marier. C’est ce que le Seigneur attend de ses fils et filles, jeunes adultes. Les hommes ont l’initiative, et vous les hommes, mettez vous au travail. Si vous ne savez pas ce qu’est une sortie à deux, alors cette définition pourra peut-être vous aider. C’est ma fille de dix-huit ans qui me l’a apprise. Une sortie doit passer le test des trois P: 1) planifiez à l’avance. 2) payez pour cela, et 3) participez bien à deux.

Jeunes filles, n’acceptez plus autant de drague. Encouragez les sorties simples, peu chères, et fréquentes. N’aidez pas les garçons à draguer dans des lieux où vous, les filles fournissez la nourriture. Ne cautionnez pas les pique-assiettes. Une activité occasionnelle en groupe, c’est bien. Mais lorsque vous voyez des hommes qui font de la drague leur première rencontre avec le sexe opposé, je pense que vous devriez fermer le garde-manger et verrouiller la porte d’entrée.

Si vous faites cela, vous devriez aussi accrocher un écriteau au dehors : « ouvert pour les sorties à deux » ou quelque chose comme cela. Et jeunes gens, rendez la vie plus facile à ces jeunes hommes timides pour qu’ils proposent une sortie simple et bon marché. Une façon de les aider, c’est d’éviter la pensée qu’une sortie est quelque chose de très sérieux. Si nous devons persuader les jeunes hommes de proposer des sorties plus fréquemment, nous devons décider ensemble qu’une sortie n’implique pas un engagement permanent. Enfin, jeunes filles, si vous refusez une invitation à sortir, soyez gentilles. Autrement, vous risquez d’écraser un interpellateur nerveux et timide et de le détruire en tant que prétendant potentiel pour les sorties et cela pourrait gêner d’autres sœurs.

Mes jeunes amis célibataires, nous vous conseillons de canaliser vos rencontres avec le sexe opposé en des sorties qui ont le potentiel de se développer vers le mariage et non dans la drague qui n’a que la perspective de développer les sports d’équipe comme le football. Le mariage n’est pas une activité de groupe, ou du moins pas tant que les enfants ne sont pas là en nombre suffisant.

Sœurs, il semble que vous ayez apprécié mon intervention sur les responsabilités des hommes célibataires. Mais je voudrais dire quelques paroles pour les jeunes femmes célibataires.

Si vous ne faites que tuer le temps en attendant que le mariage arrive, n’attendez plus. Vous n’aurez peut-être jamais l’occasion de faire un mariage qui vous convienne dans cette vie. Donc cessez d’attendre et mettez-vous en route. Préparez-vous pour la vie, même célibataire, mais par l’instruction, l’expérience et la planification. N’attendez pas que le bonheur vous tombe dessus. Cherchez-le par le service et l’apprentissage. Vivez pour vous-même et faites confiance au Seigneur. Votre vie consacrée au service doit suivre les conseils du roi Benjamin en « invoquant quotidiennement le nom du Seigneur, et demeurant avec constance dans la foi de ce qui est à venir » (Mosiah 4:11)

« Ils se gouvernent eux-mêmes »

Mes sœurs, je vais maintenant inviter au pupitre un témoin expert en la matière, ma femme, Kristen, qui a été une adulte seule pendant environ 35 ans avant notre mariage. Je lui demande de venir et de nous dire ce qui est en son cœur.

Kristen Oaks : Merci frère Oaks. Je me suis mariée au milieu de la cinquantaine et j’ai le sentiment de devenir la tête d’affiche de « vieillerie ».

Avant de commencer j’ai envi de vous dire combien notre Père céleste vous aime. Nous sommes à Oakland et Robert Bauman, le président de la mission, et moi revenons tout juste du centre des visiteurs de l’autre côté. Nous avons regardé le Christus et le message du Christ vivant qui m’ont beaucoup touché. Ce moment est le votre. Rendez-le important en consacrant votre temps pour votre Père céleste.

J’aime les paroles du président Packer sur l’Expiation. L’Expiation n’est pas quelque chose qui arrive à la fin de notre vie. C’est quelque chose qui prend place chaque jour de notre vie. Je dis donc à nos sœurs seules : « Rendez-le important. »

Être seule pendant si longtemps, particulièrement dans l’Église ou la famille, peut être très douloureux. Je sais ce que l’on ressent. Le jour de mes cinquante ans, mon beau-frère lisait le journal. Il a dit : « Eh, dans le journal ils disent qu’à 50 ans les chances d’être tué par des terroristes sont plus grandes que celles de se marier. » Lorsqu’il a dit cela, j’ai su que sortir en couple serait difficile, mais j’abandonnez pas. Ce n’est pas une activité terroriste.

Je vous conseillerais aussi d’être équilibrée. En tant que femme seule, je devais aller de l’avant. J’ai passé un doctorat et me suis tellement engagé dans mon travail que j’en ai oublié d’être une personne bien. J’aimerai dire à tous dans cette salle de toujours vous souvenir que votre premier appel est celui de mère et de père. Développez ces talents domestiques d’amour et de service. En tant que célibataire, j’ai dû trouver des projets de service et maintenant j’en ai un tous les soirs de l’autre côté de la table. J’en suis si reconnaissante.

Pour conclure, je pense aux moments douloureux de notre vie. Ils auront lieu que vous soyez seuls ou mariés. Vous aurez peut être un enfant très malade, la mort d’un être proche ou une période très solitaire. Vous perdrez peut-être un enfant ou vous trouverez face à une situation sur laquelle vous n’avez aucun contrôle comme une maladie chronique. Je vous demande de consacrer ces choses à notre Père céleste. Dans Hélaman 3:35 nous lisons que si nous livrons notre cœur à Dieu, toutes nos actions nous sanctifient et ainsi chaque instant devient un instant béni.

Vous êtes le groupe que je préfère au monde. Vous m’êtes très chers car je sais ce que vous ressentez et je peux me mettre à votre place car j’y ai été pendant très, très longtemps.

Je veux que vous sachiez que ceci est l’Église du Dieu vivant, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. C’est son Église. Je suis si heureuse que nous ayons un prophète actuellement, Gordon B. Hinckley. Et plus que tout, je sais que nous avons un Père céleste qui nous aime car il a été mon meilleur ami lorsqu’il n’y avait personne d’autre pour m’aimer. Je dis ces choses au nom de Jésus-Christ. Amen.

Dallin H. Oaks : Merci Kristen. Mes frères et sœurs, si ce que nous venons de vous dire vous a troublé quelque peu, écoutez très attentivement ce que je vais dire maintenant. peut-être, vous sentez-vous un jeune homme pressé par ce que nous avons dit au sujet de la nécessité de commencer des sorties qui peuvent mener au mariage, ou une jeune fille troublée par la question de vous mettre en route pour votre vie.

Si vous pensez être un cas spécial, et que les conseils énergiques que j’ai donnés ne s’appliquent pas à vous, s’il vous plaît, ne m’écrivez pas. Pourquoi vous dis-je cela ? J’ai appris que ce genre de conseil direct que j’ai donné aboutit en un grand nombre de lettres de membres qui croient être une exception et désirent que je confirme que ce que j’ai dit ne s’applique pas à eux dans leurs circonstances particulières.

Je vais expliquer pourquoi je ne peux offrir de grand réconfort à ce genre de lettre en vous racontant une expérience que j’ai faite avec une autre personne troublée par une règle très générale. J’ai donné un discours dans lequel j’ai cité le commandement : « Tu ne tueras pas » (Exode 20:13). Après cela, un homme est venu me voir en larmes, disant que les paroles que j’avais prononcées indiquaient qu’il n’y avait pas d’espoir pour lui. Je lui ai demandé : Que voulez-vous dire ? »

Il m’a expliqué qu’il avait été mitrailleur pendant la guère de Corée. Au cours d’un assaut sa mitrailleuse a mis au sol une grande quantité d’ennemis. Leurs corps formaient une pile si haute devant sa mitrailleuse que ses camarades et lui ont dû les pousser pour continuer le feu. Il en avait tué une centaine, a-t-il dit. Et maintenant il doit aller en enfer parce que j’ai parlé du commandement du Seigneur « Tu ne tueras pas. »

L’explication que j’ai donnée à cet homme est la même que je vous donne si vous pensez être une exception à ce que j’ai dit. En tant qu’autorité générale, il en va de ma responsabilité de prêcher les principes généraux. Quand je le fais, je ne prends pas en compte les exceptions. Il existe des exceptions aux règles. Je ne prêche que les règles générales. Que vous soyez dans le cas d’une exception, c’est votre responsabilité. C’est quelque chose qui doit se traiter entre vous et le Seigneur.

Joseph Smith, le prophète, a enseigné la même chose d’une autre manière. Quand on lui a demandé comment il s’y prenait pour gouverner une telle diversité de saints, il a dit : « Je leur enseigne des principes corrects et ils se gouvernent eux-mêmes » (John Taylor, « The Organization of the Church », Millennial Star, 15 novembre 1851, p. 339). Dans ce que je viens de dire, j’enseigne simplement des principes corrects et j’invite chacun d’entre vous à prendre en compte ces principes en vous gouvernant tout seul.

Frères et sœurs, j’ai eu plaisir à être avec vous. Je prie pour que les choses qui ont été dites ce soir trouvent une place dans votre cœur et soient comprises par le pouvoir du Saint-Esprit avec la même intention avec laquelle elles ont été prononcées, qui est de bénir votre vie, d’apporter du réconfort aux affligés et d’affliger les passifs.

Ceci est l’Église de Jésus-Christ. Il a souffert et il est mort dans une agonie terrible à Gethsémané et au Calvaire pour nous assurer l’immortalité et la possibilité de la vie éternelle. Je prie que le Seigneur vous bénisse chacun lorsque nous cherchons à garder ses commandements, à regarder toujours plus haut, à accomplir nos décision quotidiennes que j’ai appelé l’engagement tranquille et régulier de notre vie. Ceci est l’Église de Jésus-Christ, rétablie en ces derniers jours, avec la puissance de la prêtrise et la plénitude de son Évangile. Je vous en rends témoignage, tout en invoquant sur vous les bénédictions du Seigneur, mes nobles amis, au nom de Jésus-Christ. Amen.

 
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